•   Le cortège du roi Aslyan d’Arkanie pénétra dans la capitale sous les vivats de la foule, tandis que le bruit se répandait comme une traînée de poudre : le roi Moreth était mort, le cœur d’Arkanie, l’emblème sacré de la royauté, avait été retrouvé, ainsi que le fils de dame Aura de Kilmar. De tels présages étaient si forts, que personne dans Koralia ne resta fidèle à Branag de Quervy. La décision fut prise de créer un grand Conseil destiné à aider le jeune souverain jusqu’à ses seize ans, date à laquelle il serait jugé apte à régner seul. Ce Conseil, formé du marquis de Mirel, de Karystean des Brumes, d’Aura de Kilmar et de la reine Iléane reçut l’approbation du peuple.

    « Nous avons gagné, ma reine ! » murmura Rany, lorsqu’il rejoignit la souveraine dans le jardin de ses appartements privés.

      Un peu gêné, il n’osait s’approcher de la jeune femme perdue dans ses pensées. Celle-ci tendit la main vers lui. Il la prit avec douceur, déposant un léger baiser sur son poignet.

    « Étiez-vous sincère, Rany de Mirel ? Pensiez-vous réellement tout ce que vous m’avez dit, ce jour où Sandrun a réussi à me faire oublier mon propre fils ? »

      Rany plongea son regard dans celui, troublé, de la jeune reine, soucieux d’exprimer clairement ses sentiments.

    « La première fois que je vous ai vue, ma reine, était le jour de vos noces avec Moreth. Et c’est ce jour-là que ma loyauté envers lui s’est évaporée. J’ai croisé votre regard. La jalousie m’a alors complètement foudroyé. J’aurai tout donné pour être à sa place et il l’a très bien compris : il m’a exilé pendant près de dix ans ! Mais jamais vous n’avez quitté mes pensées ! Ce jour dont vous parlez, je n’ai plus pu retenir ces sentiments que je gardais dans le secret de mon âme depuis tant d’années. Je ne pourrais d’ailleurs plus jamais les dissimuler… Iléane, je vous aime. »

      La reine ne parvint pas à retenir ses larmes. Elle se blottit dans les bras du chevalier qui l’étreignit avec force.

    « Oh Rany ! Je ne sais pas quel est le protocole pour les reines dans ce cas précis, alors je vais juste faire ce qui me semble juste : vous avouer mon amour et vous demander de rester toujours auprès de moi… Et dès que les convenances le permettront… Si vous êtes d’accord… »

      Rany mit un genou à terre devant elle.

    « Iléane, accepteriez-vous de devenir ma femme ? » demanda-t-il doucement, n’osant pas y croire.

    « Je le suis déjà, de tout mon cœur ! » avoua la jeune femme qui lui prit la main pour le relever.

     ♦♦♦

     « Je t’ai enseigné tout ce que je pouvais ! » affirma Lyanis en regardant son élève concentré sur la protection mentale qu’il maintenait autour de son esprit.

    « En seulement trois jours ?

    - Ce ne sont bien évidemment que des rudiments, Lorenzo. Mais ton pouvoir ne demande qu’à se développer. Tu es maintenant à même de protéger les gens qui t’entourent, de te déplacer où tu le souhaites, du moment que tu visualises l’endroit et de soigner également. Car tu es apparemment très sensible aux pouvoirs de guérison. Sans doute l’influence de tes parents adoptifs. Le reste, tu l’apprendras dans les livres, ou en compagnie d’autres sorciers et anges… Tu as la vie entière pour progresser ! »

      Un frisson soudain parcourut la Warjanyane et le jeune homme s’inquiéta.

    « Dame Lyanis ? Vous vous sentez mal ?

    - Lauréan… » murmura-t-elle, avant de glisser lentement sur le sol, sans connaissance.

      Affolé, Lorenzo hurla :

    « Maître Karystean ! Quelqu’un ! »

      Quelques instants plus tard, le sorcier accourut, accompagné par Naéma et Rany qui donnaient une leçon d’escrime au petit roi.

      Lorenzo maintenait la dragonne contre lui, essayant d’appliquer les préceptes qu’elle venait de lui enseigner. Karystean posa les mains sur ses épaules, pour lui transmettre l’énergie dont il avait besoin pour la réveiller. Elle fut brusquement prise de mouvements convulsifs avant d’ouvrir les yeux, haletante.

    « Lauréan ! »

      Le cri strident fit reculer tous ceux qui se trouvaient autour d’elle. Un sanglot violent lui échappa.

    « Que s’est-il passé, dame Lyanis ? » s’enquit Lorenzo, que la détresse de la Warjanyane menaçait de submerger à cause de l’empathie due à ses nouveaux pouvoirs.

    « Il a disparu ! gémit-elle. Je ne parviens plus à ressentir sa présence ! Pourtant… Ma vision… Il ne peut pas être mort ! »

      Elle se dressa brusquement.

    « Je vais le venger ! » jeta-t-elle en repoussant Karystean et Lorenzo qui la soutenaient. Elle disparut aussitôt à leur vue. L’ange gardien d’Aslyan jeta un regard éperdu vers le sorcier qui avait l’air soudain terrifié.

    « Il faut aller prévenir le marquis de Mirel et la reine Iléane ! » jeta Karystean. « Si Lauréan est mort, je ne donne pas cher de l’âme de mon frère. Et Branag aura le champ libre pour tenter de reprendre le contrôle de l’Arkanie ! »

    ♦♦♦

      Sur le champ de bataille, le sol était jonché des corps des soldats arkaniens tombés devant la cité Lumineuse. Le comte de Queffelec avait reçu le soutien du baron de Jolande. L’armée arkanienne s’était retrouvée prise entre deux feux, sans compter ce damné prince cracheur de feu qui avait survécu. Moreth avait été blessé à ce moment-là. Une ombre noire se glissa dans la tente où gisait le roi défunt, en attendant d’être rapatrié à Koralia où le nouveau monarque allumerait le bûcher, comme l’exigeait la tradition.

      Un ricanement s’échappa des lèvres de Branag devant le corps sans vie de Moreth.

    « Pauvre fou pitoyable ! Tu pouvais toujours m’implorer de te guérir ! » cracha-t-il. « Tu ne m’étais utile que pour contrôler l’Arkanie et même ça, tu n’as pas été capable de l’accomplir. Tu n’auras été qu’un boulet et ton agonie aura été la digne récompense de ton incompétence ! Si seulement j’avais pu mettre la main sur Léry ce jour-là ! Je me demande bien où ce fou de Gwirreg l’avait emmené… »

      Le sorcier se pencha pour récupérer le pendentif en émeraude posé sur le torse du souverain défunt. La rosace aux reflets verts était la pièce manquante de son nouveau plan. Si le sortilège découvert dans les tréfonds de la bibliothèque de la tour Blanche fonctionnait, l’Yphaste qui le traquait depuis trois jours ne serait bientôt plus un problème. Sandrun des Brumes retomberait bien vite sous sa coupe et après lui l’Arkanie…


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