• Chapitre 1

    Chapitre 1

      Dans la tour Sud du palais de Koralia, capitale d’Arkanie, une étrange agitation régnait. Le roi Karel et son ami le duc  de Kilmar faisaient les cent pas devant une porte fermée. De temps à autre l’un des deux hommes collait son oreille contre la porte, en un geste fort peu protocolaire, mais aucun son ne leur parvenait, à leur grand désarroi.

    « Je te dis qu’il faut enfoncer la porte !

    - Reste calme, Garian ! Cela se passe sûrement très bien, et… »

      Un cri de nouveau-né résonna comme une douce mélodie à leurs oreilles avant que la porte ne s’ouvre  brusquement.

    « Votre fils est né, seigneur Garian. annonça la guérisseuse. Votre Majesté, vous avez un neveu fort vigoureux !

    - Je veux le voir !

      L’heureux père se précipita dans la chambre où son épouse Aura de Kilmar, sœur du roi d’Arkanie, reprenait son souffle après les longues heures de souffrances dues à l’accouchement.

    « Ma douce Aura ! Comment te sens-tu ?

    - Exténuée, mais heureuse… Regarde notre fils, comme il est beau… »

      Le bébé dormait blotti près de sa mère, épuisé par sa naissance. Et le père déposa sur la joue de sa femme un doux baiser.

    « Comment veux-tu l’appeler, mon amour ?

    - Léry.

    - Comme mon père ? Cette idée me touche beaucoup, ma douce ! »

      Le frère d’Aura s’approcha à son tour. Il repoussa doucement le linge qui enveloppait le nouveau-né, découvrant une tâche de naissance en forme d’étoile blanche sur la hanche gauche. Ce signe distinctif marquait les hommes de la lignée des Kilmar depuis la nuit des temps.

    « Il est signé, Garian ! » plaisanta le roi avant de dresser l’oreille, alerté par un bruit sourd.

    « Karel ? s’enquit sa sœur, le cœur étreint d’une angoisse subite. Qu’y a-t-il donc ?

    - Je l’ignore, ma sœur ! »

      Les deux hommes quittèrent la pièce en hâte. Aura se renversa en arrière, essayant de calmer les battements de son cœur. Elle soupira profondément. C’est lors de moments comme celui là qu’elle regrettait de ne pas avoir pu renforcer ses dons de sorcière. Quelle tradition stupide que celle qui consistait à étouffer toute velléité de magie chez les membres de la famille royale ! Malgré ses lacunes, elle ressentait une angoisse lancinante très loin de la ville depuis plusieurs semaines. Mais ce soir, la chape de plomb semblait tomber sur la ville de Koralia. Des cris d’effrois se firent entendre. Elle ferma les yeux.

    « Gwirreg… » murmura-t-elle en essayant d’invoquer le sorcier qui avait commencé à l’initier en secret lorsqu’elle avait douze ans. Malheureusement, le roi Jaouenn, son père, avait découvert le pot-aux-roses une année plus tard. Il lui avait interdit d’approcher de nouveau le sorcier, sous peine de châtiments terribles. Et Gwirreg avait dû quitter la ville. Par lâcheté, elle avait obéi…

      Une lueur blanche tremblotante répondit à son appel. Elle sursauta en découvrant une silhouette voûtée. Des cheveux gris coupés au bol, un regard noir vif malgré les rides.

    « Mais… Maître Gwirreg… Vous m’avez entendue ? »

      Le vieux sage hocha la tête en découvrant l’enfant blotti contre le sein de sa mère.

    « J’attendais un signe, duchesse. Mais, félicitations ! Te voilà donc mère…

    - En effet, c’est un garçon… Il se nomme Léry. Mais… Ressentez-vous comme moi ce bouleversement ?

      Le vieil homme hocha la tête.

    « Tu as toi aussi ressenti la souffrance du peuple dragon qui s’entretue, trahi par le sorcier Branag de Quervy. La menace qui pèse sur la lignée des rois de Koralia est en train de se concrétiser.

    - Quelle menace ?

    - Celle que je n’arrivais pas à comprendre lorsque j’ai décidé d’outrepasser les lois et de t’enseigner la magie. Ce pressentiment m’a valu mon exil. Je sens désormais que Branag est ici, dans ces murs. Mais pour faire quoi ? Voilà ce que j’ignore…

    - Ne pouvez-vous l’arrêter ?

    - Non, chère enfant. Il est le plus puissant d’entre tous les sorciers vivants. Il a consacré son existence à renforcer ses pouvoirs. Son ambition est d’être le maître absolu de la magie, il ne s’en est jamais caché. Pour cela, il doit contrôler ou détruire toutes les créatures possédant la maîtrise de la magie à un niveau pouvant le mettre en danger. Ne pouvant s’attaquer à tous les dragons, il a fait en sorte de les retourner les uns contre les autres… Mais quel est le rapport avec la royauté humaine ? Je ne comprends pas…

      Un cri strident retentit dans le couloir, glaçant le sang de la jeune accouchée. Gwirreg blêmit.

    - Il a osé… Karystean !

      Un deuxième halo apparut dans la pièce et un jeune homme apparut. « Maître…

    - Protège la duchesse ! cria le sorcier en disparaissant.

      Il revint quelques instants plus tard, portant contre lui le corps de Garian, ensanglanté. Aura poussa un hurlement. « Mon amour ! »

      Le sorcier essaya de guérir les blessures mais l’homme était à l’agonie.

    « Aura ! Écoute-moi ! Un dragon vient de tuer ton frère, sa femme et je n’ai rien pu faire… Non ! Ce n’était pas un dragon ! Je crois… Que c’était un homme en réalité, mais mes yeux n’ont pas été capables de discerner le vrai de l’illusion… Sauve notre fils, Aura ! Karel et Morrigane sont morts devant moi. Moreth est sous l’emprise du dragon… Non de… Notre Léry est en danger ! La magie que tu lui as transmise le met en danger ! Karel m’a confié le cœur d’Arkanie… Sauve-le ! Mets-le à l’abri de ceux qui veulent s’emparer de l’Arkanie !

      Aura récupéra machinalement le fameux cristal sombre, emblème de la royauté. Elle poussa un hurlement en voyant son mari s’affaisser sur le sol.

    « Gwirreg ! Sauvez-le !

    - Impossible, Aura ! Il est mort. Nous ne pouvons pas ressusciter les morts ! Par chance, ton mari était ton ange gardien. Il est imperméable à certaines formes de magie. Il a pu aller au-delà de l’illusion. J’ai reconnu dans son esprit le vrai coupable : Branag de Quervy ! Mais pourquoi menacer un nourrisson qui n’est même pas héritier du trône ? »

      La jeune femme frissonna. Elle eut comme une prémonition atroce : Léry dans les bras d’un inconnu aux yeux noirs ténébreux, elle poignardant son neveu sous son regard dominateur avant de retourner l’arme contre elle. Elle enfila le collier au cristal autour du cou de Léry avant de déposer son fils dans les bras de Karystean qui était le plus proche d’elle.

    « Mettez Léry à l’abri, maître ! Je vous en prie ! Sauvez-le de moi ! Emmenez-le là où il ne pourra pas le prendre et m’obliger à tuer Moreth ! »

      Gwirreg Mornay comprit qu’elle avait eu une vision de leur avenir.

    - Karystean, je te suis ! Va t’en ! »

      Le disciple obéit tandis que Gwirreg s’approchait de la jeune mère affolée. Il passa la main sur ses yeux. Le sort qu’il lança lui fit oublier les derniers instants qu’elle venait de vivre. Mais Branag était puissant, il fallait que le sort soit indécelable. La jeune femme tomba endormie sur les oreillers. En se réveillant, elle n’aurait aucun souvenir du passage des sorciers. Il savait qu’ainsi, il la condamnait à la souffrance que cause une grande incertitude. Mais s’il voulait sauver Mystia à long terme, il devait passer outre cette culpabilité.

    « Pardonne-moi, Aura… » murmura-t-il avant de s’éclipser à son tour.

      Quelques secondes plus tard, la porte de la chambre s’ouvrait brutalement. Un homme au regard plus sombre que la nuit pénétra dans la pièce. La jeune femme se réveilla en sursaut, cherchant son fils et hurla.

    « Léry ! Où est Léry ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait à mon bébé ? »

      Branag évalua la situation d’un coup d’œil. Le bébé avait disparu, ses plans tombaient à l’eau. Quoique… Il décida d’épargner la duchesse. Elle servirait ses plans malgré sa grande sensibilité à la magie. Gwirreg Mornay l’avait formée trop imparfaitement pour qu’elle soit à même de lui résister. Malgré son absence de magie, Moreth resterait l’héritier et Aura lui servirait de caution pour contrôler l’éducation du jeune roi. Sans compter qu’elle était plutôt agréable à regarder !

    « Aura, vous êtes désormais la régente d’Arkanie et je suis votre conseiller. »

      La jeune femme sentit le contrôle de son esprit lui échapper, puis ses souvenirs se brouillèrent une seconde fois, fluctuèrent et elle ne sut plus où était la réalité.

    « Mon fils…

    - …a été enlevé par le peuple dragon ! asséna Branag. Les mêmes qui ont massacré sans pitié votre famille, votre frère et sa femme. Nous allons décréter une guerre contre ce peuple honni ! Jamais plus ils ne seront alliés des humains ! »

      Aura hocha la tête, sentant les choses lui échapper doucement, mais inconsciente de ce qui se passait réellement. Branag eut un sourire amusé. Tout ne s’était pas passé exactement comme il l’avait prévu, mais le résultat était le même. Le fils de Garian était marqué. Il serait facile à retrouver. Et sinon, il ne serait pas un problème avant longtemps, et d’ici là, tout serait sans doute terminé !

    ♦♦♦

    Chapitre 1


  • Commentaires

    1
    Lundi 25 Mai 2015 à 20:25

    Pauvre Aura... et vil Branag grrrr é_è
    j'avais presque oublié ton sadisme légendaire, ma Koe ! u_u 

    2
    Lundi 25 Mai 2015 à 20:59

    Diviser pour mieux régner... La vieille technique du vieux sorcier ! ^^

    3
    Mercredi 6 Avril 2016 à 10:54

    Bon, je reprends ma lecture, il était temps...

    C'est terrible mais je ne peux m'empêcher d'imaginer Branag sous les traits d'Élias de Kelliwic’h dans Kaamelott et prendre sa voix à la lecture des dialogues du sorcier !!! sarcastiche

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